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Le cocodril

Une histoire inédite et complète de Marc Gérard.



Il manquait trois doigts à la main gauche de mon grand-père…

Pourquoi ce détail me revient-il en mémoire alors que je fixe, debout sur le bastingage, les flots sombres du Mississippi ? Je l’ignore. Ce que je sais, c’est que cette différence ne le handicapait pas vraiment dans sa vie de tous les jours. En tout cas, il n’y prêtait guère attention, et je n’ai pas souvenir de l’avoir jamais entendu se plaindre. Car, au quotidien, cette absence de doigts ne l’empêchait nullement de vivre ni, par exemple, d’être un fin pêcheur. Lorsqu’il ferrait une grosse prise, il réussissait toujours à assurer fermement sa gaule entre pouce et auriculaire tandis que, de l’autre main, il moulinait le crin de soie. Il ne relâchait son étreinte qu’une fois le poisson remonté sur le ponton, frétillant au soleil. Un détail donc ! Il paraît que la mémoire, avec l’âge, n’est plus faite que de petits riens sans importance. Sans doute que cette broutille en fait partie. Ou alors, la main tronquée de Grand-pa Phil m’a marquée bien plus que je ne l’imaginais ?

En réalité, ces doigts fantômes étaient la plupart du temps un prétexte pour nous raconter des histoires savoureuses. Il en jouait. Et l’origine de cette mutilation variait selon l’humeur de grand-père. Un jour, c’était un sabre qui les lui avait tranchés lors d’une rixe avec des marins. Un autre jour, il les avait perdus en sciant un tronc d’arbre géant. Un autre encore, et c’était en voulant démonter le moteur d’un avion tombé dans le bayou qu’il s’était blessé, puis qu’une méchante infection avait eu raison de ses phalanges…

Tandis que le gros bateau blanc remonte le fleuve, j’observe, pensif, ses aubes couleur sang plonger et réapparaitre en tournant dans le fleuve couleur encre. Le drapeau américain flotte au-dessus de ma tête. Ici, c’est le Sud, l’Acadiana. La province où j’ai passé toute mon enfance. Je ne pensais pas revenir un jour dans cet endroit. Ma vie d’adulte, je l’ai construite très loin d’ici, dans le nord de la France. Mais mes ancêtres se sont installés dans cet état du sud de l’Amérique il y a des lustres, alors que la Louisiane était encore espagnole. C’est dire si mes racines sont profondes, presque autant que celles des hauts cyprès chauves et des gommiers qui plongent les leurs sous le miroir liquide et calme du bayou.

Mon père était bûcheron. Quant à ma mère, elle faisait de son mieux pour élever, tout en droiture, ses deux enfants. Il lui fallait bien de la patience et beaucoup d’amour, car nous n’étions, je le reconnais bien volontiers aujourd’hui, guère obéissants. Sages n’était pas le qualificatif qui nous habillait le mieux. Espiègles ? Imprudents ? Folâtres, peut-être…

Je la revois, un baquet de linge trempé appuyé contre son ventre, dans son grand tablier à carreaux. Je retrouve cette femme blonde, souriante, jeune encore, avec un chignon faisant ce qu’il pouvait pour contenir de longues mèches rebelles… Les pales des aubes ne brassent pas uniquement de l’écume. En les contemplant, la tête dans les mains, je m’aperçois qu’elles brassent également, dans mon esprit, de nombreux souvenirs…

Les soirs d’été, quand la lune était ronde, nous adorions, ma sœur et moi, nous laisser glisser jusqu’à chez Grand-pa Phil. En échappant à la vigilance de nos parents, il nous suffisait de chiper la barque à fond plat pour traverser les paquets de roseaux et parvenir ainsi à sa cabane juchée sur pilotis. Nous n’avions pas vingt ans à nous deux, mais nous connaissions déjà le bayou comme notre poche.

Dans cette zone-ci du swamp, le courant qui emportait tout à la mer, à marée basse, était imperceptible. Dérangés, les aigrettes blanches et les hérons prenaient lourdement leur envol à notre arrivée en faisant vrombir l’air chaud. Autour de nous s’épanouissaient magnolias et jacinthes d’eau. Des cocodrils, comme disaient les Cajuns, plongeaient à notre approche en compagnie de castors, loutres, tortues et autres serpents répugnants.

Je n’ai jamais su si Grand-pa nous attendait où s’il avait pris simplement cette habitude, chaque soir, de fumer dehors. Ce que je sais c’est qu’il adorait évoquer l’ancien temps. Le plus souvent, c’était ce qu’il faisait, après manger, dans un fauteuil à bascule en bois. Il le plaçait devant son pas-de-porte et s’y asseyait en tirant sur sa pipe.

Un autre rituel était qu’en nous voyant arriver de loin, il se redressait légèrement et nous lançait en guise d’accueil, feignant la surprise :

— Tiens, v’là les p’tiots !

Les p’tiots, c’était nous, les enfants de sa fille : maman Lise. À peine débarqués, on s’installait le mieux possible sur les planches de la terrasse. Ce n’était pas toujours évident vu qu’il en manquait une sur trois. Parfois aussi, on se calait les fesses en nous serrant sur un tonneau dressé dans un coin de balustrade. Harper, qui avait des hanches plus larges que les miennes, n’en finissait pas de me pousser. Et c’est en nous chamaillant que nous dénichions en fin de compte notre place comme des oisillons impatients d’être gavés. L’important restait de trouver un confort suffisant afin de nous permettre d’écouter Grand-pa sans choper des crampes. Nous prenions garde également à ne pas nous coller sous le vent de sa fumée âcre sous peine de rendre notre souper au marais.

Avant de raconter, Grand-père ne perdait jamais une occasion de nous faire la leçon. Il nous trouvait bien imprudents de nous balader ainsi, comme nous le faisions, dans le bayou, à la merci d’une mauvaise rencontre. C’était, disait-il, un endroit dangereux et plein de surprises. De toute manière, pas fait pour deux garnements livrés à eux-mêmes. Très souvent également, il en profitait pour nous confier combien la solitude lui pesait. Et, j’ignore pourquoi, à moi tout particulièrement…


— Vois-tu Bart, commença-t-il, philosophe, en se balançant doucement, la vie peut-être vraiment bizarre, quelquefois ! On n’est jamais satisfait de ce que l’on a. Il y a sans cesse des manques qui vous creusent le cerveau et vous ruinent les intestins. C’est comme ça ! C’est humain… À moi, il manque des doigts, à d’autres des orteils ou un peu de raison. Mais voilà, il faut apprendre à se contenter. Et, s’il y a bien une chose certaine dans l’existence, c’est qu’il faut toujours savoir où l’on met les pieds, complets ou non.


Grand-pa Phil, de son vrai nom Philibert Gonthier, savait parler. Il avait certainement appris en lisant. Car, sa jeunesse, il l’avait plus souvent passée à pêcher crevettes et écrevisses qu’à traîner sur les bancs de l’école. Sa culture avait le goût de sa cuisine : piquante et épicée. Il était à lui seul un savant mélange de France et de Nouvelle-Écosse. Un Cadien dont le principal adage s’énonçait ainsi : « Il faut laisser rouler le bon temps ! »

Notre grand-père était né avec le siècle. Nous étions sa famille et il comptait beaucoup pour nous. Et pas seulement pour nous épuiser un beau poisson-chat ou nous enseigner des coins à grenouilles. Au-delà de la considération et de l’amour filial que nous lui portions, il y avait quelque chose de bien supérieur à de l’intérêt qui nous poussait à lui rendre régulièrement visite. Un mélange de respect et d’admiration, je crois. Je ne saurais dire exactement ce que c’était. Mais ce sentiment mêlé avait la puissance du souffle des vents tempétueux de début septembre. Il nous obligeait. Nous nous amusions à ses récits, même racontés cent fois…

Fréquemment, ses histoires étaient nostalgiques, mais heureuses. La fumée de sa pipe sentait alors les épices et montait dans une nuit douce et claire, au son des coassements de crapauds. Sinon, il existait d’autres versions, celles où le tabac plus amer et l’air humide le forçaient à rentrer. Aux mauvais jours, je peux vous dire que le vieux Phil se montrait beaucoup moins indulgent envers le monde. Ses récits prenaient ainsi une autre teinte.

Dans de rares instants de tristesse, en évoquant notre grand-mère, les yeux de Grand-pa se perdaient dans le vague. Le fourneau de sa pipe tremblotait un peu. Tandis qu’il parlait, j’entendais le bec de noyer faire de petits cliquetis en tapotant contre ses dents jaunies. Sa voix devenait chevrotante. Le balancement de son fauteuil s’arrêtait net.

Sentant ce soir-là qu’il s’apprêtait à rabâcher les mêmes tristes souvenirs, il reprit soudain plus joyeusement :


— Quand la nature s’est montrée chiche, ou quand un manque a fait de vous des monstres de foire, doit-on pour autant réclamer vengeance ? C’est une bonne question, non ? Est-ce que je vous ai déjà raconté l’histoire des frères River ? Je vous préviens, c’est une histoire terrifiante qui risque de vous donner quelques cauchemars…


Devant nos bouilles mutiques, il enchaîna alors après avoir craché gras :


— C’était il y a bien longtemps… Ogier et Flanagan River qu’ils s’appelaient ! Des jumeaux tout comme vous. Sauf qu’eux étaient de vrais jumeaux, pondus dans le même œuf. Et, quand débute cette histoire, ils n’étaient guère plus âgés que toi Bart et toi Harper.

Ma sœur ouvrait de grands yeux ronds en l’écoutant. Manifestement, elle montrait bien plus d’attention que lors des offices du dimanche matin. En comparaison, les paroles d’évangile du pasteur tombaient dans un panier percé ; elles traversaient son jeune esprit comme l’eau dans une balance à écrevisses.

Grand-père continuait :


— Ils aimaient aussi se baigner nus dans le bayou. Leur mère avait beau rouspéter. Leur père pouvait bien faire des pieds et des mains pour les empêcher. Ils n’en avaient cure et n’en faisaient qu’à leur tête. Cela n’aurait pas été très grave si, cette année-là, il n’avait pas plu autant. Hélas ! Ce fut une année exceptionnelle en toutes choses. En pluie comme en reste. Une saison comme je n’en ai plus connu depuis. Des inondations telles que nous fûmes coupés du monde tout un mois durant. Cette année-là, le bayou débordait de toutes parts. L’eau se noyait dans l’eau. Une véritable saison à cocodrils…


Grand-pa tira sur sa pipe.


— Et justement, il en vint un… Un monstre !


Ma sœur se tordit le cou pour guetter la surface du fleuve, persuadée d’en voir émerger un qui se mettrait aussitôt en devoir de nous sauter dans les pattes, sur la terrasse. Nous n’étions guère rassurés.


— Un énorme alligator, reprit Grand-pa, dont les vagissements faisaient vibrer l’eau en profondeur. Ceux qui l’ont vu prétendaient qu’il pesait, au bas mot, pas moins de trois quintaux et que sa queue mesurait près d’une toise. L’un d’entre eux l’avait surnommé : le cannibale ; un autre : la bête


D’une grande claque, Grand-père Phil écrasa un moustique qui venait de se poser imprudemment sur le dos de sa main. Il prit délicatement son cadavre entre deux doigts et l’exhiba devant le nez retroussé d’Harper.


— Les après-midi, il faisait une chaleur insupportable. Ces bestioles, en nuées, nous pompaient des litres de sang. Le seul moyen de leur échapper restait encore de s’immerger totalement. Ainsi, les jumeaux River ne s’en privaient pas et se baignaient à longueur de journée… Un peu comme vous. On les entendait piailler, s’éclabousser, s’arroser, se jeter à la tête des brassées de jacinthes.


Un court silence s’installa et Philibert envoya valdinguer l’insecte d’une pichenette.


— Vous savez aussi bien que moi, reprit-il, que les alligators du coin sont de vraies mauviettes et qu’ils détalent au moindre bruit. Mais, celui-là n’était pas comme ses semblables. Non seulement il ne s’enfuyait pas, mais on prétend qu’il attaquait… Ce fut d’ailleurs lors d’une de ces attaques que les frères River perdirent leurs membres. Ogier, l’aîné — puisqu’il était sorti du ventre de sa mère en premier — Ogier, donc, qui s’amusait à frapper la surface de l’eau de toutes ses forces pour asperger son frère, fut sa première victime…

Attiré certainement par les cris et les rires des deux enfants, le cannibale se mit en chasse. Il quitta les bords du marécage puis se laissa couler comme un vieux rafiot éventré. Il s’immergea presque totalement ne laissant dépasser de la surface de l’eau que sa paire d’yeux affreux et jaunes. Il se déplaçait lentement, sûr de lui. Sa queue godillait en silence sans provoquer le moindre remous.

Les gamins ne s’aperçurent de rien. Même lorsque le cocodril vint à les effleurer, ils continuèrent leurs ébats sans s’inquiéter de ce qui se passait sous l’eau. La bête, quant à elle, considéra encore un temps son futur repas. Qui connaît bien ce genre de prédateur aurait pu sentir un soupçon de déception dans son œil reptilien. En effet, de près, la quantité de nourriture qu’augurait tout ce battage n’était pas à la hauteur de son attente. Les gosses n’étaient que deux. Et pas bien gros ! Des enfants de pauvres plus maigres que des hérons. Cela n’allait guère modifier son régime alimentaire. De dépit, l’alligator ouvrit grandes ses mâchoires et d’un claquement, d’un seul, sectionna malgré tout les deux mains d’Ogier, au ras de ses poignets.


Grand-pa venait brusquement d’imiter le son sec en claquant ses deux paumes l’une contre l’autre. Au bruit, Harper sursauta vivement et faillit tomber du tonneau, à la renverse. J’en aurais été bien aise, mais elle se rétablit aussi vite, avec un petit rire aigu un peu idiot, pour écouter la suite.


— Ensuite, ce fut au tour de Flanagan… Comme celui-ci tentait désespérément de hisser son frère à demi-évanoui dans la barque, le cannibale, en longeant le bord, ouvrit sa gueule une seconde fois et croqua les pieds du malheureux. L’eau, autour de la barque, se teinta de nouveau de rouge. Puis, l’animal repartit tranquillement se dorer au bord d’un îlot et digérer les quatre trophées qu’il venait de prélever.


Harper porta ses deux mains au niveau de ses yeux et les contempla longuement. Puis, elle redressa ses jambes et fit jouer ses orteils dans ses sandales afin de vérifier qu’ils étaient encore bien là.


— Et… Ils sont… mo… morts ? bégaya ma sœur qui n’en finissait plus d’écarquiller ses beaux yeux pervenche.

— Pas du tout ! Heureusement, un gars qui passait parvint à les ramener chez eux. À la maison, grâce à des garrots et des bandages découpés dans des draps, leur père réussit à les rafistoler avant qu’ils ne se vident complètement de leur sang.


Grand-père Philibert s’arrêta une nouvelle fois, un petit sourire en coin, conscient des horreurs qu’il était en train de nous raconter.


— Quelle histoire ! dis-je pour résumer.

— Et elle n’est pas finie ! clama Grand-pa… Par la suite, les jumeaux compensèrent leur absence de pieds et de mains en développant des compétences quasi surnaturelles. C’est amusant de voir comme un sens peut en pallier un autre. C’est bien connu : un aveugle est capable d’accorder un piano presque sans y toucher. Un bègue écrira la plus belle des littératures. À l’inverse, un illettré sera capable de se lancer dans d’interminables monologues. Un simple pêcheur de crevettes à qui il manque trois doigts n’aura de cesse de s’instruire…

De son côté, Ogier, manchot, se mit à la course à pied et se forgea une musculature impressionnante aux jambes et aux cuisses. On racontait qu’il était capable de courir très vite, sur des kilomètres, en portant sur son dos une charge phénoménale. Il s’entrainait dur, tel un athlète. Et il n’était pas rare de le croiser sur les chemins entre Grand Isle et Thibodaux, suant sang et eau sous une chaleur torride. Quant à Flanagan, cul-de-jatte, il fit de ses mains un trésor en acquérant une dextérité manuelle inouïe. Une pieuvre ! Il paraissait posséder vingt doigts tous dotés d’une souplesse et d’une précision sans pareil… Malgré cela, Ogier et Flanagan River devinrent vite les souffre-douleur de leurs congénères. À l’école, les autres pouilleux se moquaient cruellement de leurs moignons. Les enfants, entre eux, peuvent être encore plus cruels que le monde. Puis plus tard, ce furent les jeunes filles… Il n’est pas facile de tomber amoureux lorsqu’une partie de vous-même est restée dans le ventre d’un alligator. Serrer quelqu’une dans ses bras, lui faire du pied sous la table étaient des préliminaires que les frères River avaient renoncé à connaître. Ainsi, ils devinrent rapidement amers et aigris. Bref, ils en voulurent à la terre entière.


Grand-père Phil stoppa net le balancement du fauteuil pour terminer son histoire en grattant une barbe naissante.


— Pour se venger, les frères River devinrent des voyous. Dans l’adversité, ils décidèrent de mettre leur savoir-faire à profit. Ils auraient très bien pu devenir, pour l’un, un sportif accompli, et pour l’autre, un artiste hors pair. Mais, au lieu de cela, ils décidèrent de verser dans la malhonnêteté et de laisser parler leurs sombres penchants. Et ces inclinations les menèrent à attaquer les banques locales…

La méthode River se voulait simple et efficace. Flanagan ouvrait les coffres en un clin d’œil puis se hissait sur les épaules d’Ogier afin de déguerpir au plus vite. Certains disent que les jumeaux avaient fini par se fondre l’un dans l’autre pour ne faire plus qu’une seule et unique personne. Mais, canaille la personne ! Cette créature à deux têtes, appelons-la Flanagier ou bien Olgigan, comme vous voudrez, réussit en un an à vider une dizaine de banques des environs. Et toujours au nez et à la barbe des autorités. Les deux têtes furent mises à prix. Mais les jumeaux River allaient jusqu’à chambrer les policiers sous prétexte qu’ils auraient bien du mal à leur coller des menottes ou des fers aux pieds. Ce fut pourtant ce qui arriva…

Un accident tout bête… Un jour pas fait comme les autres, Flanagan, en sortant d’une banque, se prit les pattes dans un tapis et toute la police de la Contrée leur tomba dessus… Triste fin ! Je vous avais prévenus…


Comme à chaque fois, Grand-pa, en terminant l’un de ses fameux récits, ne manquait jamais de m’adresser un clin d’œil complice. Ce fut, ce soir-là, encore le cas. Ce qui fait que nous ne sûmes jamais Harper et moi si les frères River avaient réellement finis pieds et poings liés dans un pénitencier de Bâton-Rouge, ou si grand-père Philibert avait simplement voulu nous dissuader d’aller nous baigner, nus, dans le bayou…


FIN

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